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Nuit D'été par Titefleur
Un oiseau survola Oujda avant de venir tournoyer au-dessus de la tête de Jawad. Celui-ci se mit à chanter doucement, puis de plus en plus fort, mais cessa de peur d'être ridicule. Il leva la tête, rêveur, et observa les nuages... celui-ci ressemblait à une rose. Celui-là à un coeur... Après avoir longtemps marché, il arriva enfin devant la maison.
Il frappa énergiquement. Des pas se firent entendre, et une belle voix chanta: - Qui est là? - C'est Jawad! Répondit celui-ci. - Je ne connais aucun Jawad! Dit la voix. Il y eut un silence. - C'est toi, Nadia? Fit Jawad. La porte s'ouvrit soudain: - Mais oui c'est moi, mon Jawad! Je t'ai bien eu. Il allait protester, mais elle ne lui en laissa pas le temps: - Entre, dit-elle. Jawad pénétra dans la salle à manger avant de se laisser choir dans un fauteuil. Un silence s'ensuivit. Puis Nadia, qui le regardait, lança doucement: - Alors? Tu ne m'embrasses pas? Jawad sourit. - Je fais durer le plaisir, dit-il. Puis il ajouta: - Approche... Nadia s'exécuta, et Jawad posa sur sa bouche un baiser silencieux. Puis un autre. Encore un. - Je... Mais elle n'eut pas le temps de finir sa phrase, ni même de la commencer, puisque Jawad la gratifia cette fois d'un long et tendre baiser. Quand cela fut terminé, Nadia sourit. - C'est toi qui embrasses le mieux de tous mes amants, dit-elle. - Petite dévergondée, rit Jawad. Une fois de plus, Jawad prononça les trois mots magiques. - Je t'aime. Mais cette fois-ci, cela sonnait autrement. C'était plus beau. C'était plus fort. - Cela fait déjà trois mois... trois mois que nous nous sommes vus... trois mois que la foudre m'a frappé... et je voulais que tu saches que tu es mon premier amour. Le premier et le dernier. - Oh... c'est bien vrai? - Oui, c'est vrai. - Mon coeur... ce que tu me dis, c'est la chose la plus belle que jamais je n'ai entendue. Tu es aussi tendre à l'intérieur qu'à l'extérieur. Jawad rougit. Il se sentait bien. Au loin, un chien criait. Tout près, son coeur battait. Là-bas le jour passait... ici, tout était arrêté. - Tu sais... j'ai aimé, tout à l'heure, lorsque nous nous sommes embrassés. Il n'en fallut pas plus à Nadia pour saisir le bras de Jawad et lui offrir de nouveau un baiser enflammé. Les deux êtres eurent cette fois l'impression d'être emportés dans une tempête. Sur un océan rouge sang. Leurs souffles s'échouaient invariablement dans les hurlements du vent, et les gifles des vagues leur faisaient fermer les yeux. C'était beau, c'était puissant, comme un tableau de Picasso, ou comme ''Aimer Jusqu'à L'impossible'' de Tina Arena. Tout rugissait autour d'eux, ils étaient enfermés dans une parenthèse qui les épargnait des griffes du cyclone, des griffes signant leur passage d'une trace de salive blanche et éphémère... tout tournait, des vertiges les prenaient, Jawad ferma les yeux et eut l'impression de aller en haut d'un sapin. Et soudain tout s'arrêta. - Marions-nous... - Pourquoi n'est-ce pas déjà fait? Ils rirent. Ils étaient heureux. Ils discutèrent toute la nuit. Ils parlaient de tout, de rien. - Tu sais, c'est drôle, dit Nadia, car hier matin, Adil a tenté de me séduire. - Non, c'est vrai? - Oui, et comme je lui disais que c'était toi, l'amour de ma vie, il m'a répondu que je perdais mon temps et que je serais bien plus heureuse avec lui. - Ça ne m'étonne pas de lui, il a toujours essayé de gâcher ma vie privée. - Heureusement je lui ai dit ceci: ''Le jour où tu seras un tant soit peu civilisé, mon petit bonhomme, tu apprendras que mon Jawad est plus galant que n'importe qui. Et tu ne lui arrives pas à la cheville.''
Ils s'embrassèrent pendant des heures. Des jours. Des années. Si d'aventure vous ne croyez plus à l'amour, sachez qu'en ce moment même ils s'embrassent quelque part. |